Soutenance de thèse en sociologie de : 

Annélie Delescluse

« Les coulisses de la migration au prisme du corps : jeunes citadins d'Afrique Centrale et de l'Ouest au Maroc »

 

Thèse dirigée par Frédéric Bourdier

Soutenue le Vendredi 15 octobre 2021 à 14h00

Pavillon d'Indochine, Campus du Jardin d’agronomie tropicale de Paris - 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex

 

 

Membres du Jury

 

 

M. Frédéric Bourdier, IRD (Institut de recherche pour le développement) & UMR Développement et Société (Directeur)

M. Ndiaga Loum, Université du Québec en Outaouais (Président)
M. Joseph Tonda, Université Omar Bongo de Libreville (Rapporteur)
Mme Anaïk Pian, Université de Strasbourg (Rapporteure)
M. Mustapha El Miri, LEST (Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail), Aix-Marseille Université
Mme Sophie Bava, IRD (Institut de recherche pour le développement) & LPED (Laboratoire Population, environnement, développement), Aix-Marseille Université.

 

 

Résumé 

 

Cette thèse propose une analyse sur la migration au prisme du corps. L'enquête ethnographique, réalisée dans deux quartiers périphériques de Rabat entre 2016 et 2019, étudie le cas de ressortissants sénégalais, camerounais et ivoiriens pour qui le Maroc est un pays de résidence à moyen ou à long terme. L'étude croise les notes des carnets de terrain ethnographique dans les espaces publics et privés de la vie des migrants avec des entretiens et d'autres outils biographiques. Le corps est considéré dans un sens large car il est d'une nature polysémique : il est à la fois le lieu de l’intime et du politique. Il désigne d’abord les pratiques physiques et les expériences sensibles des jeunes en migration. Il est aussi produit par les stéréotypes raciaux issus des idéologies coloniale et esclavagiste qui sont reconfigurés sur les routes migratoires.

            Dans cette thèse, il a d’abord été question du corps au travail : celui des manoeuvres dans le bâtiment et dans une entreprise de marbrerie, des nettoyeurs dans des garages auto, des cordonniers, des salariés agricoles, des employées domestiques, des commerçants informels et des téléopérateurs dans les centres d’appels offshore de Rabat et Casablanca. Je me suis aussi intéressée aux corps virtuels et connectés des migrants et à la façon dont ils communiquent et utilisent les réseaux sociaux. J’ai ensuite proposé une réflexion sur les évènements marquants du séjour au Maroc en lien avec la perception des catégorisés migrants subsahariens dans l’espace public et les interactions médicales et policières. Enfin, il a été question des corps au contact de l’extrême (survie, faim, froid, maladies, coups, blessures, accidents) et de la mort, soit à la « vie nue » et abimée des personnes migrantes.
          D’un côté, ma thèse s’attache à comprendre la diversité des manières dont le corps est pensé, vécu et investi dans la vie quotidienne et dans les coulisses de la vie migratoire. D’un autre côté, elle ambitionne de réfléchir à ce qui unit cette jeunesse en quête d’argent, de notoriété et de reconnaissance, qui est pourtant confrontée à un racisme multiforme au Maroc et à des formes d’immobilité spatiale, sociale et économique. Si les souffrances corporelles et psychiques sont au cœur de leur expérience de la migration, l’enquête tente de montrer, in fine, qu’ils se défendent et résistent face aux tentatives de réification et de désubjectivation de leur corps. L’attention aux corps pieux et au fait religieux qui prend un nouvel essor au cours du séjour au Maroc est une illustration intéressante. Car pour les chrétiens comme pour les musulmans, « c’est Dieu la force » qui permet de survivre aux épreuves de la migration et de déjouer les agressions de sorcellerie et les pactes diaboliques qui les menacent depuis leurs pays d’origine. Cette enquête permet aussi bien d’enrichir la compréhension du fait migratoire que d’apporter des pistes de réflexion en socio-anthropologie du corps et de la religion, ainsi qu’en sciences de l’information et de la communication.
 
Mots-clés : jeunes citadins d’Afrique centrale et de l’Ouest ; migration ; Maroc ; corps ; travail ; immobilité ; racisme antinoir ; récits de vie et trajectoires biographiques ; subjectivité ; mort.
 
 
 

Soutenance de thèse en sociologie de : 

Léna Ngouebeng

« Planifier le genre dans les projets humanitaires :

Enquête au coeur d'un processus (in)contournable de l'aide »

 

Thèse dirigée par Tania Angeloff

Soutenue le Lundi 11 octobre 2021 à 13h30

Amphithéâtre du bâtiment 1, Campus du Jardin d’agronomie tropicale de Paris - 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex

 

 

Membres du Jury

 

ANGELOFF Tania, Professeure de Sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne  (Directrice)

DESTREMAU Blandine, Directrice de Recherche au CNRS (Rapporteure) 

DULONG Delphine, Professeure en Science Politique, Université Paris 1 Panthéon-    Sorbonne (Présidente) 

GADÉA Charles, Professeur de Sociologie à l’Université Paris-Nanterre (Rapporteur) 

PRÉVOST Benoît, Maître de Conférences en Économie, Université de Montpellier 3 (Examinateur) 

 

Résumé 

 

Cette recherche part d’un paradoxe. Depuis plusieurs années, l’idée que le genre est institutionnalisé dans l’aide internationale humanitaire et au développement, intégré par ses organisations ou encore pris en compte dans les projets internationaux, est communément admise. Tout nous pousse donc à nous attendre, en pénétrant dans l’une de ces organisations, à un discours bien rodé sur le genre et à divers instruments techniques le mettant en pratique. Pourtant, ce n’est pas tout à fait le cas. Comment expliquer l’écart entre les positionnements formels et les pratiques réelles sur le genre ? Pourquoi, dans la plupart des cas, les praticien·ne·s ne semblent-ils/elles pas très satisfait·e·s de la prise en compte du genre dans l’ensemble des projets mis en œuvre ? Pourquoi, de manière générale, les analyses scientifiques et militantes ne semblent-elles pas non plus très enthousiastes quant à la réussite de cette entreprise ? Que se joue-t-il ainsi dans l’opérationnalisation du genre, c’est-à-dire dans son passage de la théorie à la pratique ? Quels sont les enjeux autour de sa codification ? Telles sont les interrogations auxquelles j’ai tenté de répondre à partir d’une enquête ethnographique de trois années. Cette recherche se situe à la croisée d’une littérature sur l’aide internationale et ses évolutions récentes ainsi que d’une littérature sur le genre et son traitement international. Elle s’intéresse à la fois à une pratique, à sa professionnalisation mais aussi à l’élaboration et à la circulation des savoirs théoriques et pratiques sur le genre.  

 

Mots-clés : aide internationale ; humanitaire ; développement, : approche intégrée du genre, gender mainstreaming, objectifs de développement durable. 

 

 

 

Soutenance de thèse en sociologie de : 

Selma Guessous

« Une place au soleil ? Itinéraires d'insertion socio-professionnelle de travailleurs et travailleuses migrant(e)s nord-méditerrannéen(ne)s au Maroc »

 

Thèse dirigée par Tania ANGELOFF

Soutenue le Vendredi 4 décembre 2020 à 13h30

Salle 19 - Bâtiment 1, Campus du Jardin d’agronomie tropicale de Paris - 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex

 

 

Membres du Jury

 

Mme Fatima AÏT BEN LMADANI (Rapporteuse)

Mme Tania ANGELOFF, Professeure de Sociologie, Université Paris 1 (directrice)

M. Etienne GERARD (Rapporteur)

Mme Anne-Catherine WAGNER (Présidente du Jury)

 

 

Résumé 

 

Cette thèse s’intéresse aux migrations des Nord-Méditerranéens au Maroc, dans un contexte postcolonial. Le terrain a été effectué principalement dans les villes de Casablanca et Rabat, de 2014 à 2017. En plus d’une observation participante, des entretiens individuels approfondis ont été menés avec des migrants arrivés au Maroc dans les 10 dernières années. La thèse visait à comprendre les raisons qui amènent ces Nord-Méditerranéens à migrer dans un pays « du Sud », musulman, et davantage patriarcal. Il s’agissait également de comprendre leurs schémas d’intégration dans cette société culturellement différente, à la lumière des études postcoloniales.

Dans certains cas, et particulièrement pour les Espagnols andalous œuvrant dans le secteur de la construction, il s’agissait d’une migration de survie économique. D’autres migrants ont été attirés par la possibilité d’occuper des emplois à plus haute responsabilité, étant donné, d’une part l’économie en croissance du Maroc, et d’autre part, les privilèges qui leur sont accordés en tant que Blancs. Outre les raisons économiques, le cosmopolitisme ou l’envie de découvrir une culture différente, faisait souvent partie des récits de migration. La migration était parfois une opportunité de réalisation de soi, voire d’émancipation familiale. Enfin, certains migrants, ayant une histoire familiale liée au Maroc avaient migré par fantasme de « retourner aux sources ».

Ces migrants bénéficient de préjugés positifs (honnêteté, compétence), qui se traduisent en privilèges, autant dans le domaine professionnel qu’amoureux ou dans la vie de tous les jours. Leur posture souvent ethnocentriste s’accompagne d’un discours paternaliste au sujet du Maroc et des Marocains. Toutefois, les migrants jeunes et célibataires semblaient vivre une expérience de migration plus « en profondeur », s’immergeant davantage dans la culture locale et faisant plus souvent que les couples ou les familles, une vraie rencontre interculturelle. Les femmes migrantes souffrent par exemple de harcèlement sexuel dans les rues, encore plus que les Marocaines étant donné la survalorisation des traits physiques des Occidentaux. Enfin, je me suis intéressée à la migration comme outil de rapprochement interculturel, puisque les migrants déconstruisent les préjugés qu’ils avaient acquis sur le Maroc et les Marocains, partageant leurs nouveaux acquis une fois de retour au pays d’origine.

 

 

 

Soutenance de thèse en sociologie de : 

Louise Protar

« Produire le genre, fabriquer la parenté : ethnographie du travail domestique et horticole à Kiriwina »

 

Thèse dirigée par Tania ANGELOFF

Soutenue le Mercredi 25 novembre 2020 à 9h00

Amphithéâtre du bâtiment 1, Campus du Jardin d’agronomie tropicale de Paris - 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex

 

 

Membres du Jury

 

Mme Yasmine SIBLOT, Professeure de Sociologie, Université Paris 8 (Rapporteuse)

Mme Florence WEBER, Professeure de Sociologie et d’Anthropologie, ENS-Paris (Rapporteuse)

Mme Tania ANGELOFF, Professeure de Sociologie, Université Paris 1 (directrice)

M. Niko BESNIER, Professeur d’Anthropologie culturelle, Université d’Amsterdam

Mme Delphine DULONG, Professeure en Science Politique, Université Paris 1

Mme Marie-Clémence LE PAPE, Maîtresse de Conférence en Sociologie, Université Lumière Lyon 2.

 

 

Résumé 

 

Commencée en septembre 2015, ma recherche doctorale porte sur la division du travail dans l’archipel de Kiriwina, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, région plus connue sous le nom d’îles Trobriand. Le cœur de cette thèse consiste à réinterroger trois dimensions de la société kiriwinienne : les rapports entre hommes et femmes, les liens de parenté et la culture des jardins. Je propose de regarder ces thèmes classiques de l’anthropologie des Trobriand au prisme du travail, avec l’idée que le travail est un puissant révélateur des rapports de pouvoir.

Pour cela, j’ai mené entre 2016 et 2018 une enquête ethnographique d’une durée de 10 mois, dans un village du sud de l’île. Accueillie avec mon compagnon par une famille dont nous partagions la vie quotidienne, j’ai observé le détail de la division du travail dans cette maisonnée.

Cette recherche propose d’utiliser les outils de la sociologie du travail et du genre pour offrir un autre point de vue sur l’organisation sociale des Kiriwiniens. La première partie de la thèse décrit et explique l’enquête que j’ai menée, son contexte, ses objets et ses modalités. Une seconde partie interroge les conceptions émiques du travail : la limite entre le travail et le hors-travail et la façon dont les activités productives et reproductives sont hiérarchisées. Une troisième partie est consacrée à la division sexuée du travail et analyse l’organisation du travail au sein de la maisonnée pour éclairer les rapports de pouvoir dans la famille. Enfin, la quatrième partie consiste en un retour sur les célèbres jardins d’ignames trobriandais pour décrire le contrôle social dont le travail fait l’objet.

L’objectif de ma thèse est double : sortir Kiriwina de l’exotisme en mettant l’accent sur les rapports sociaux qui y organisent la vie quotidienne ; questionner, par ce détour océanique, nos catégories scientifiques.

 

 

 

Soutenance de thèse en sociologie politique de :

Caroline Barbary

 

« Chabab al-thawra- Les Jeunes de la Révolution : Microcosme militant et Société politique en Égypte révolutionnaire »

Sous la direction de Sarah BEN NEFISSA, politiste, directrice de recherche UMR Développement et Sociétés, IRD.


Vendredi 22 mars 2019 à 14h00

Salle Duroselle (Sorbonne- Galerie Jean-Baptiste Dumas- 14, rue Cujas 75005 Paris)

 

 

Membres du Jury

 

Mme. Mounia BENNANI CHRAIBI, Professeure à l’Université de Lausanne (Rapporteuse)

Mme. Assia BOUTALEB, Professeure à l’Université de Tours  

Mme. Frédérique FOGEL, Directrice de recherche au CNRS    

Mme. Salwa ISMAIL, Professeure à SOAS, University of London (Rapporteuse)

Mme. Anne LE NAELOU, Maître de conférences, Université Panthéon-Sorbonne Paris 1

 

 

Résumé 

 

En posant la question du lien entre les jeunes, l’action collective et la participation politique en contexte de crise politique, ce travail cherche à comprendre comment sous le label « Jeunes de la révolution »  se placent une diversité d’acteurs collectifs et individuels, à partir de la date du 25 janvier 2011 ? Et comment s’établit l’unicité de la catégorie malgré l’hétérogénéité politique et sociale des acteurs qui la composent ?

A partir d’une enquête ethnographique réalisée au Caire auprès d’acteurs organisés et non-organisés, cette thèse propose d’étudier les processus de politisation et de la construction d’une identité politique collective, au delà même du moment révolutionnaire (2011 à 2014).  Il ne s’agit donc pas de dresser le constat d’une pluralité (des acteurs, des actions, des sens subjectifs et de l’espace de l’action politique), mais d’opérer un déplacement de focale pour donner une saisie analytique visant à interpréter cette réalité sociale complexe et ainsi comprendre l’hétérogénéité profonde qui se cache tout à la fois sous les termes de « jeunes », de « faire » et de « révolution ». 

En adoptant une démarche de déconstruction, puis de reconstruction de la catégorie de l’étude,  le fil conducteur de ce travail sous-tend deux axes principaux. D’un côté, j’examine les modalités de façonnage des êtres en politique et le façonnage de l’espace de l’action politique dans des temps singulièrement hétérogènes. D’un autre côté j’adopte une démarche processuelle du militantisme pour mettre en exergue l’hétérogénéité des parcours militants et la pluralité de l’espace-temps où se déroule l’action politique.  Si cet examen permet de tracer une distinction entre un noyau structurant de la catégorie- « un microcosme militant »- bénéficiant, à un moment donné, de la représentativité politique du Jeune de la Révolution et des militants hors microcosme, ayant des politisations différentielles- « la société politique », il vise aussi à rendre compte de la réalité politique traversée par des temporalités hétérogènes et ainsi développer une compréhension dynamique du positionnement et repositionnement des acteurs dans les différents espaces du politique.